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"Moi, j'fais pas de politique"...?

Rapport moral, Assemblée générale du 29 avril 2016

 
            Il y a ces jours-ci un vieux refrain qui devient le seul air connu du temps : la chanson économe. Et la chanson économe, c’est pratique, parce que ça permet de taper sur tout le monde. Alors les associations n’y échappent pas. Mais n’allez pas croire que je vais pousser la longue plainte du président qui voit ses subventions réduites. Déjà parce que, personnellement, on n’a pas plus à se plaindre que ça (même si on avait demandé davantage)... mais je n’ai pas l’habitude d’inviter les gens pour leur faire publiquement des reproches... Non, le débat dépasse largement la question financière, il est plus embêtant... A entendre certains, les associations seraient à regarder avec méfiance, comme si elles passaient leur temps à profiter, voire à abuser de leur statut. 
        Alors on entend que les associations sont des pompes à argent public. Et après tout, pourquoi donnerait-on de l’argent public à des initiatives privées ? Il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec le fond, ou avec la forme de nos activités, ils n’ont pas envie de dépenser de l’argent là dedans: ça ne leur apporte, directement, rien... 
        On entend aussi qu’il y a beaucoup de consommateurs dans les associations, que si les gens ne s’engagent pas plus, il n’y a aucune raison qu’ils profitent des deniers publics, et j’en passe... 
Dernièrement, on a même entendu, ici à Montceau, que certaines organisations abusaient d’un statut associatif pour agir sur le sens politique de leurs concitoyens. Mazette ! ça, c’est une découverte ! ça me fait penser à certains adolescents dans les classes qui disent : « eh, m’sieur, à l’école, on fait pas d’politique ». Mais si, bougre d’âne, on fait de la politique à l’école, on fait de la politique dans les associations, l’employé des postes fait de la politique à son guichet, le chauffeur du bus fait de la politique... 
Une association qui se charge d’organiser des lotos pour les vieux du quartier, c’est de la politique, parce que quand Mme Michu, elle est pas venue, on l’appelle, on s’en inquiète, on vérifie qu’elle est pas morte. Chez nous aussi, on a tendance à se soucier des gens... A participer activement à la vie locale. Ce qui est bien, qu’on le veuille ou non, un geste politique ! 
            Une association comme la nôtre, qui prétend rappeler aux montcelliens la mémoire de leurs luttes et de leurs victoires, c’est encore de la politique, parce que chacun a besoin d’avoir une histoire pour y puiser une énergie présente. C’est bien pour ça qu’on travaille à des spectacles tonifiants, qu’on diffuse largement les gazettes qui racontent notre histoire , qu’on est présents pour soutenir les autres initiatives énergiques, comme celles des Routes de l’Abolition, d’RESF, des Femmes Solidaires, de la CGT (faut-il rappeler les valeurs fondamentales que soutiennent ces gens-là ?) Faudrait-il rougir de notre participation à l’animation culturelle en milieu rural, de l’aide qu’on apporte à l’éducation ? Et en plus, je vous fais le paquet, c’est de l’énergie qui, économiquement, est en balance positive, parce que notre investissement personnel ne coûte rien, et que si on reçoit, c’est vrai, on dépense aussi (et pas qu’en vain/vin...). Fermez le ban : il y en a quelques uns, parmi ceux qui font de la politique et qui en sont fiers, à qui j’aimerais bien qu’on cesse de financer des campagnes pour dire ensuite de telles fumisteries ! 
            Ce genre de discours relève au mieux d’un manque de vocabulaire. Peut-être que la différence entre la politique et le prosélytisme politique est un peu difficile à comprendre en dessous de 12 ans d’âge (mental, j’entends). Au pire, ça dénote un sacré vice de pensée pour des gens qui prétendent nous guider. ça revient à penser que la vie publique est exclusivement un mouvement descendant, qui irait d’une... élite (j’ai du mal à le dire) vers ce bon peuple qui n’y comprend pas grand chose et qu’on doit surtout laisser dans ce qu’Hugo aurait appelé les ténèbres, c’est à dire le crassier de la conscience citoyenne, et qu’on peut résumer par la formule sus-citée : « moi, j’fais pas d’politique ». 
            Ce vice de pensée, c’est aussi un calcul, bien sûr. Les bonnes volontés doivent se taire, les initiatives doivent être étouffées, les paroles énergiques doivent être tues, parce que trop d’énergie, ça réveille, ça fait même des fois passer des nuits debout, et certains risquent de tomber de leur piédestal. 
Par contre, c’est un calcul à courte vue, parce que si les gens biens se taisent, la parole est aux salauds, les vrais... Les choses qu’on redoute à juste titre ne se font pas dans les associations, mais elles se font quand même, quand toutes les lumières sont éteintes, et celles-ci ne se font ni dans le respect de la liberté, ni dans celui de l’égalité, ni celui de la fraternité. C’est, de ce point de vue, de l’irresponsabilité manifeste : une forme d’abdication du pouvoir... 
          Alors si vous m’en croyez, on aurait plutôt des raisons d’être fiers de poursuivre notre activité, de continuer à donner à la collectivité, et fiers aussi d’en obtenir reconnaissance. Et si ça en emmerde quelques uns, j’ai envie de dire : « tant mieux » ! Parce que ceux-là ne m’inspirent ni confiance ni respect, et en disant cela, je ne fais même pas de la politique. 

             

              Samuel Jaudon, Président de La Mère en Gueule